Littéraire pour quoi faire ? Blog littéraire et alors ? (par Junain Lavillet)

Résilience

Un jour, tu te crois abandonné.e et seul.e, tu bois trop, du rouge, et tu vois du noir…
Tu vois une corde, tu veux larguer les amarres, tu crois que la vie ne vaut rien et tu en as marre...

Écoute, la vie est longue, il y a toujours de l'espoir, demain tu gravis l'Everest, demain tu tombes ; la vie est une ronde, attends que l'orage passe, trouve-toi un abri, si le tonnerre gronde…
Depuis quand tu connais tout du monde ? Il n’y a pas de demi-vie, tu sais, tu es dedans, ou hors la tombe… mais si tu choisis de vivre, tu peux rebâtir, changer le cours de ta vie, rencontrer du monde, désamorcer la bombe, lancer la sonde, explorer, vivre, ressens juste l'onde, fuis l'ombre...

Si tu as perdu l'amour , tu n’as pas perdu ta capacité à aimer ou à être aimé ; seul.e, tu ne l'as jamais été, on est connectés, il y aura toujours une étoile pour briller, quelqu'un à tes côtés, si tu ne peux pas le voir, c'est qu'il fait trop noir où tu es, alors fais un pas de côté: change de place, trouve un espace, il n’y a pas de bonheur en soi, faut que tu te le fasses… mais sois en persuadé.e, il y aura toujours quelqu’un pour t'aider, des gens pour te guider, se révéler, tends leur la main si tu veux décoller, cesses de déconner, ne mords pas quand on t'embrasse, parce que tu sais plus aimer…

T'es le maitre de ta vie, tu l'as choisie, s’il en reste, jouis, même cinq minutes encore, car chaque moment porte son trésor, ta pensée, c'est l'or. Qu'as-tu perdu de si essentiel, qu’attends-tu en scrutant le ciel, à te lamenter ? Sur ce que tu n’as pas eu et que tu méritais, ce que tu as perdu et que tu chérissais ? La vie est ainsi faite : tu y trouves tout, mais faut que tu les mettes... ces choses pour te reconstruite, arrête de souffrir, être en colère, ça ne suffira pas, en blessant les autres tu te blesseras toi, ce qu'on t'a pris, on ne te le rendra pas... Tu es vivant, il y a du vide et faut mettre dedans; tu es responsable de tes actes, de tes choix, maintenant.

Le chemin le plus dur, c'est souvent la voie, celle qui fait le plus mal, mais où tu deviens toi… Apprends à pardonner et à te pardonner, tu es ton propre bourreau, trouve ce bon tempo: soit capable de t'aimer un peu, pour ne pas t'aimer trop…

Donne pas de pouvoir à tes ennemis, si tu t'effondres, ils gagnent, n'écoute par leurs paroles, tu sais, la rumeur est folle, leurs mots n'existent pas, c'est leur opinion , leur croyance, pas la réalité, toi seul sais qui tu es. Si ils ont violenté ton corps, renforce ton esprit, il y aura toujours un bout d'âme qu'on ne t'aura pas pris, tu trouveras du sens, dans ce qui reste, même dans la douleur, tu trouveras semence…

Sauve-toi en premier, monte tout en haut du palmier, plus tu seras haut, plus tu pourras aider. Le monde se regarde de plusieurs côtés, tu peux voir le verre cassé, ou le beau, le vrai. Reprends courage et volonté, remets-toi dans l'action, le vent sèchera tes larmes, trouve-toi un bastion, y croire sera ton arme, ouvre ton âme, le monde s'ouvrira, si la magie existe, elle est en toi, tu es bien plus solide que tu ne le crois, tu es le chêne, tu es le roseau, tu peux plier et monter plus haut.
Tu as toute l'existence, saisis ta chance, choisis ta naissance, crois en toi, tu es puissance...

Ecrire pour crier

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Bien que l'on retrouve le rire et le cri dans écrire, je dois avouer que j'ai plus souvent user de l'un que de l'autre en couchant mes mots sur le papier.  Le cri me renvoyait à une douleur secrète, intime, une plaie profonde, toujours ouverte et l’écriture me permettait d'en racler la surface purulente, d'en supprimer la partie infectieuse qui hélas se reformait aussitôt...

Pendant des années, j'ai écrit sans vraiment savoir à quel besoin impérieux répondait cette activité hors-norme. C’était juste plus fort que moi. Il fallait que j’écrive, ça m’était important, pour ne pas dire vital. J'écrivais très tôt le matin, très tard le soir, de façon frénétique, parfois comme en transe, happé par l'énergie et les sensations grisantes que l'acte d'écrire suscitait chez moi. L’écriture me libérait, la liberté est excitante par nature, car on jouit mieux sans entraves. Les miennes étaient si profondes.

Il y avait une flopée de mots venus de nulle part qui se déversaient en torrent sur ma feuille, c’était magique. Je fus toujours inspiré, j'avais toujours quelque chose à dire, car je puisais toute mon inspiration dans une veine noire semblant inifinie qui descendait très loin en moi jusqu’à toucher un traumatisme d'enfance...

Aujourd’hui, je m’interroge:  est-ce que la créativité qui a pris chez moi la voie des mots serait une médecine du corps  pour pallier le mal ? Une réaction face à la souffrance,  c'est cliché, mais on crée souvent lorsqu'on a mal, à minima lorsqu'on a des problèmes, quels qu'ils soient... La création, l'oeuvre, c'est la réponse, le problème extériorisé, trituré, transformé, sublimé jusqu'à atteindre une forme méconnaissable, devenue totem, l'oeuvre peut accueillir la douleur et nous libérer. Dans nos œuvres habitent une partie de notre âme déchirée...

C'est contre ce mal que j'ai écrit, il fallait le juguler, l’empêcher de nuire. J'ai survécu grâce à mes mots, ceux que j'aurais aimé poser ailleurs que sur une feuille. 

Ecrire, ce fut ma façon de pleurer avant les pleurs. Ecrire, ce fut ma façon de parler avant de dire. L’écriture qui se branche à des canaux inconscients profonds savait pour mon viol...

J'ai été violé à un âge où le petit garçon que j'étais aurait dû seulement s'occuper de grandir et d'apprendre. J'ai appris une leçon funeste, toute ma vie en a été bouleversée.  Le petit garçon est resté bloqué en moi, il n'a plus jamais grandi. Ma vie a été suspendue près de 30 ans, 3 décennies de silence où je souffrais sans savoir de quoi. Durant tout ce temps, l’écriture m'a permis momentanément de lever cette charge, d'enlever cette pression intenable pour que l'espace d'un moment la pulsion de vie circule et cesse de s'étrangler...

L’écriture a été mon exutoire, ma douleur a pu trouver en elle une voie de sortie, s'écouler un peu comme un fluide nauséabond qu'on draine, une toxine qu'on évacue, mais il y en avait tant...  Dans mes romans, j'y ai distillé mon mal-être, mes angoisses, je peux relire chacun de mes livres, il y a une histoire au-delà de l'histoire,  une sorte de continuum tissé dans la douleur.

Dire qu'avant je pensais n'être qu'un ado romantique qui avait du spleen à l'âme juste pour frimer et ressembler à ses modèles... Je comprends mieux à présent pourquoi j'ai écrit des choses si noires. Il n'est pas exagéré de dire que l’écriture m'a sauvé quelque part....

Hier, l'écriture pour pousser un cri de douleur libérateur, vivre avec,
demain pour pousser un cri de révolte, raconter et dénoncer pour vivre sans.

Jamais sans l'écriture.

 

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